Le fil rouge historique du dictionnaire TIFIN est la continuité Est–Ouest amazighe, celle qui relie la Kabylie à la Tunisie, sans se diluer dans la multiplicité des langues et parlers régionaux.
1. Une continuité géolinguistique oubliée
Avant les découpages coloniaux et les “pays modernes”, la bande nord-africaine formait un continuum amazigh de la Kabylie jusqu’à Gabès.
La chelha tunisienne (Sud et Djebel Dahar) partageait encore au XIXᵉ siècle de nombreux mots, racines et structures avec le kabyle.
En les rapprochant, je rend tangible la mémoire linguistique d’une Afrique du Nord unifiée.
2. Le kabyle comme clé de reconstruction
Le kabyle est aujourd’hui la langue amazighe la mieux documentée : corpus, grammaire, enseignement, dictionnaires.
Il sert donc de socle scientifique et orthographique pour reconstruire les racines perdues du beldi tunisien.
3. Le tunisien beldi comme mémoire orale
La derja beldi est un palimpseste linguistique :
- elle conserve le rythme et la structure du parler amazigh,
- elle a intégré l’arabe sans effacer l’ancien fonds,
- elle porte une poétique et un rapport au monde proches du kabyle : rapport à la terre, au travail, à la nature, au féminin, à la mémoire.
4. La chelha tunisienne à institutionnaliser
Institutionnaliser la chelha tunisienne, c’est reconnaître la continuité linguistique amazighe de la Tunisie et rétablir sa place dans le patrimoine national.
Elle n’est pas résiduelle ni périphérique : elle est fondatrice, car elle relie la Tunisie à tout le réseau tamazight d’Afrique du Nord.
Derrière chaque mot beldi, chaque intonation de la derja, palpite une mémoire ancienne — celle d’un peuple qui a parlé avant les frontières, avant les silences imposés.
5. Le péril n’est pas la diversité, mais l’oubli
En Kabylie, en Tunisie comme ailleurs, la langue s’est trouvée piégée entre deux injonctions contraires :
- l’arabisation étatique, vécue comme une purification
- et la francisation culturelle, perçue comme une ouverture.
Dans ce faux débat, la parole amazighe — chelha, beldi, kabyle — a été réduite au silence, alors qu’elle portait la cohérence profonde du territoire.
TIFIN refuse cette polarisation. Le projet ne s’oppose ni à l’arabe ni au français : il rétablit l’antériorité amazighe comme socle,
et défend la coexistence des langues dans leur profondeur historique, pas dans la concurrence des empires.
Là où l’arabe dit la foi et le lien, et le français la raison et la forme,
l’amazigh dit la terre, la mémoire et le souffle — ce souffle qu’il faut à nouveau entendre.
