À propos du projet TIFIN

“Les langues meurent quand on les tait, pas quand on les transforme.”

TIFIN est un projet de reconstruction linguistique et mémorielle né d’une conviction simple :
les langues amazighes, du kabyle à la chelha tunisienne, ne sont pas des fragments, mais les pulsations d’une même mémoire.

Pensé comme un dictionnaire numérique nord-africain, TIFIN documente et relie les mots, les sons et les racines de ces langues, en respectant leurs alphabets, leurs nuances et leur histoire.

Une langue de continuité

TIFIN part d’un constat : entre la Kabylie et la Tunisie, un fil n’a jamais cessé de battre — celui du tamazight profond, transmis à travers les siècles dans les parlers chelha et beldi.

Le projet s’attache à révéler cette continuité :
les correspondances lexicales, les racines partagées, les images du monde communes, souvent effacées par l’arabisation et les découpages modernes.

Une démarche de transmission

TIFIN n’est pas une œuvre nostalgique, mais un outil vivant.
Son objectif : permettre à chacun — enseignant, chercheur, élève ou simple curieux — de voir, écouter et comprendre la langue amazighe dans toute sa diversité.

La plateforme s’articule autour de plusieurs lexiques interconnectés :

  • le lexique kabyle (latin / tifinagh)
  • le lexique chelha tunisienne
  • le lexique beldi / derja amazighisée
  • le lexique comparatif

Chaque lexique vit à son rythme, mais tous se rejoignent dans un moteur sémantique commun, TIFIN Search, conçu pour retrouver les racines partagées.

Fondements intellectuels et culturels de TIFIN

Le projet TIFIN s’inscrit dans une démarche de intelligibilité entre les langues nord-africaines.

Il reconnaît les liens structurels et symboliques entre les parlers amazighs, arabes, hébreux et romans du bassin méditerranéen.

Cette cohérence linguistique n’est pas qu’un fait scientifique : elle est un acte politique de réappropriation culturelle.

En reconstituant les continuités effacées, TIFIN rend visible la profondeur historique et la diversité des langues de l’Afrique du Nord.

Loin d’opposer, le dictionnaire relie. L’arabe y apparaît comme langue d’interface et de traduction, au même titre que le français ou l’anglais, dans un esprit d’ouverture et de compréhension partagée.

TIFIN agit comme un pont de mémoire entre les peuples, un outil de transmission, et un hommage aux voix nord-africaines qui continuent de parler malgré le silence imposé.

Langues & parlers

Langue mère commune : Tutlayt n Tmurt ⵜⵓⵜⵍⴰⵢⵜ ⵏ ⵜⵎⵓⵔⵜ

Taqvalit (kabyle), Tachelhit(chleuh), Tamazight n Atlass, Tarifit(rifain), Tamajek (touareg), Beldi tunisien (Tutlayt n Ifriqiya), Tacawit Tutlayt n Massylia (Chaoui), Tafaylit/Tumzabt Mozabite(Mzab), Bladi (Algérien), Tutlayt n Mauri (Maroc), Chelha de Tunisie, Tutlayt n Ghramant (Libye), Tutlayt n Zenaga (Mauritanie), Tutlayt n Isiwan (Siwa, jadis Vallée du Nil).

Guanche / Tamazight n Tkanarīn – éteinte (XVᵉ s.) Langue des Amazighs atlantiques. Aujourd’hui le guanche revient à la vie.

💥 rompre avec la lecture arabo-centrée du “dialecte”

Chaque entrée est reliée à une racine amazighe commune et traduite dans les langues de contact (français, arabe, anglais).

Pour le kabyle

Ça fait 20 ans qu’on traîne des lexiques bricolés, des mots inventés, des trucs copiés de l’arabe littéraire ou du français, des « académismes » ridicules, et maintenant il faut nettoyer tout ça pour revenir à du kabyle vrai, propre et stable.

Nous faisons ici un vrai travail de restauration linguistique – et cela demande de désapprendre les erreurs, retrier, fiabiliser, standardiser.

Alphabets & écriture

Deux écritures complémentaires :

  • Alphabet latin amazigh
  • Alphabet tifinagh

Mémoire et oralité

Chaque mot peut être enrichi d’un enregistrement sonore, d’une illustration et d’un exemple d’usage.

Les voix de l’Afrique du Nord y sont conservées, documentées et rendues audibles.